Nucléaire : Il faut que le débat ait lieu « Alternatives Economiques »

Zélie Victor
Responsable transition énergétique au Réseau action climat

Philippe.Portier Secrétaire national à la CFDT, notamment en charge des dossiers politique industrielle et développement durable

Doit-on sortir du nucléaire ou le relancer ? La décision devrait être confiée à la représentation nationale, après discussion collective de toutes les options. Débat entre Zélie Victor du Réseau Action Climat et Philippe Portier de la CFDT.

Avons-nous besoin de construire de nouveaux réacteurs en France pour remplacer une partie d’un parc vieillissant et atteindre ainsi nos objectifs climatiques ?

Zélie Victor : Le nucléaire n’est pas une réponse adéquate face à la crise climatique. Pour qu’un nouveau projet voie le jour dans cette industrie, il faut plus d’une quinzaine d’années. Or, sur le plan de la lutte contre le réchauffement global, les dix prochaines années sont cruciales.

Il y a d’autres arguments en défaveur d’une relance du nucléaire, sans même évoquer les risques. C’est désormais une énergie plus chère que les alternatives qui peuvent être déployées massivement à brève échéance, le solaire et le photovoltaïque.

Et si l’on intègre les coûts de gestion de la variabilité de ces sources, un mix électrique 100 % renouvelable reste compétitif. Faut-il dépenser 47 milliards d’euros pour construire six EPR dont la première paire entrera en service au mieux en 2035 ? Pour produire notre électricité, mieux vaut investir dans les énergies renouvelables, associées aux économies d’énergie. Elles ont le mérite de pouvoir être installées sur tout le territoire et procurer davantage d’activité et de recettes au niveau local.

Philippe Portier : A la CFDT, une partie de nos adhérents partage cette position et une autre juge que le nucléaire fait partie de la solution. Quoi qu’il en soit, il faut bien comprendre la situation particulière de la France. Nous héritons d’une politique du tout-­nucléaire, contre laquelle la CFDT a lutté dès les années 1970. Si le nucléaire ne représentait que 30 % de notre mix électrique, comme c’était le cas en Allemagne, décider d’une sortie serait beaucoup plus facile. En France, c’est très compliqué. Je comprends la position du Réseau action climat, mais je ­comprends aussi ceux qui disent qu’il faut réduire la part du nucléaire tout en le conservant, à côté du déploiement des énergies renouvelables et, ne l’oublions pas, des efforts à mener du côté des économies d’énergie, car nous n’en faisons vraiment pas assez dans ce domaine. Cela signifie concrètement construire encore quelques centrales pour remplacer une partie du parc qui va arriver en fin de vie. Avec moins de nucléaire dans le mix électrique, les générations suivantes auront davantage que la nôtre le choix d’arrêter ou de poursuivre.

Quel que soit le choix, des réacteurs vont devoir être fermés. Comment faire une transition juste ?

Ph. P. : L’expérience de Fessenheim montre que si les choses sont bien anticipées, entre départs naturels et possibilités de reclassement, il n’y a pas vraiment de problème pour les salariés d’EDF. La problématique sociale est celle des sous-traitants. La seule solution est de recréer de l’activité sur les territoires touchés (on peut changer de travail, beaucoup plus difficilement changer de région) en tenant compte de compétences qui peuvent s’appliquer à bien d’autres secteurs, et en répondant aux besoins d’accompagnement et de formation. Ce défi peut être relevé si les fermetures sont prévues de longue date et si on réfléchit ces sujets collectivement.

Z. V. : Les ONG environnementales s’investissent aujourd’hui beaucoup sur la question sociale et sur les emplois que la transition écologique pourrait créer. Le WWF a estimé qu’entre la rénovation des logements, les énergies renouvelables, etc., une relance verte pourrait soutenir un million d’emplois d’ici à 2022. Sur les fermetures de réacteurs, je suis entièrement d’accord avec ce que vient de dire Philippe Portier. J’ajouterais juste que nous avons besoin d’une évaluation précise des emplois véritablement concernés. C’est un peu un sujet tabou.

Si elles dialoguent sereinement, vos organisations respectives n’ont pas les mêmes positionnements sur une relance ou une sortie du nucléaire. Comment prendre une décision qui va de toutes les façons devoir être prise ?

Ph. P. : En ce qui concerne la CFDT, je ne pense pas que nous ayons à nous positionner pour ou contre la construction de nouveaux réacteurs. Notre rôle est plutôt de contribuer à poser les termes du débat, en présentant les avantages et les inconvénients de chaque option, notamment du point de vue des travailleurs. C’est par le pays dans son ensemble que ce sujet doit être tranché. Il s’agit d’un choix politique, face à deux options dont aucune ne présente uniquement des avantages ou uniquement des inconvénients. Le risque nucléaire est un problème. La dépendance à des panneaux photovoltaïques dont la Chine est le principal producteur et fabriqués dans des conditions sociales inacceptables en est un autre. Il faut que ce débat puisse avoir lieu dans la société française. Le « pacte pour le pouvoir de vivre », où se retrouvent une soixantaine d’organisations, syndicats et ONG, est l’un des lieux où ce débat est vivant et il faut s’en féliciter. Quant à la décision finale, c’est le Parlement qui devrait la prendre, au terme d’un large débat public. Et non, comme cela a historiquement été le cas pour le nucléaire, la tête de l’exécutif, dans un pré carré. Les décisions prises à quelques-uns sont les décisions les plus à risque.

Z. V. : Il faut que le débat ait lieu, dans les meilleures conditions possibles. Et que la décision ne soit pas prise par quelques acteurs. Nous suivons de très près le travail de RTE, qui doit remettre cet automne son rapport sur les différents scénarios de mix électrique décarboné à l’horizon 2050 (incluant les coûts et impacts sociaux et environnementaux), avec et sans nucléaire. Il est important que nous ayons toutes les options sur la table, de manière objective. Tout le monde est concerné par l’avenir de notre système électrique et il est essentiel que chacun puisse être associé aux décisions. A cet égard, la non-prise en compte des recommandations des citoyens dans l’élaboration de la programmation pluri­annuelle de l’énergie publiée au printemps 2020 n’est pas un signal encourageant. Et que dire de la traduction de celles de la Convention citoyenne pour le climat !

Cet article est publié en partenariat avec la Fondation Heinrich-Böll Stiftung.

Source 

PROPOS RECUEILLIS PAR ANTOINE DE RAVIGNAN

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