Un rapport parlementaire pointe les « failles » du parc nucléaire français !

Sur ces sujets, Gilles Reynaud, président de l’association Ma zone contrôlée (que nous avions interviewé après son audition par la commission) a été écouté. Au téléphone il ne nous a pas caché son plaisir de découvrir la place qu’a accordé la commission d’enquête, tout au long de ses travaux à la problématique des conditions de la sous-traitance. Beaucoup des préconisations de la commission sur ce point proviennent des propositions de Ma zone contrôlée. En particulier la proposition d’une convention collective pour l’ensemble des salariés sous-traitants de la filière, un meilleur suivi de la santé des travailleurs sous traitants avec des visites médicales plus régulières, la demande de réintégration des compétences au sein des entreprises exploitantes afin de contenir le niveau de sous-traitance, ou encore le renforcement des moyens financiers des CLI pour améliorer l’information des habitants et permettre le financement d’expertises d’une manière indépendante.

Voir : Gilles Reynaud a été auditionné par la commission d’enquête parlementaire sur la sûreté et la sécurité nucléaires

Recours excessif à la sous-traitance, vieillissement des installations et risque terroriste: un rapport d’enquête parlementaire, rendu public jeudi 5 juillet, liste les points faibles du parc nucléaire.

Créée le 31 janvier et animée par la rapporteure Barbara Pompili (député LREM ) cette commission parlementaire a mené cinq mois d’enquête, émaillée de visites sur site et de dizaines d’auditions des différents acteurs du secteur. Ses conclusions sont explosives: une catastrophe nucléaire peut survenir ici et maintenant, dans l’une de nos 19 centrales (et de leurs 58 réacteurs).

Au terme de 5 mois de travail, les députés de la commission sont arrivé à la conclusion qu’un accident nucléaire d’ampleur n’est plus à exclure dans l’Hexagone, que ce soit suite à une attaque terroriste, à cause d’un risque naturel ou du fait d’une défaillance humaine.

Une attaque terroriste de grande ampleur est en effet redoutée, comme en témoigne l’action de militants de Greenpeace, qui ont fait s’écraser mardi dernier un drone contre le mur d’une piscine de combustibles usagés de la centrale de Bugey dans l’Ain.

Les points clés de leurs recommandations

Plus de pouvoirs au gendarme du nucléaire

En France, la «sûreté nucléaire» et la «sécurité nucléaire» sont deux notions distinctes. La première relève de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et recouvre tout ce qui fait qu’une centrale atomique fonctionne dans des conditions optimales pour que la population et l’environnement soient protégés de la radioactivité.
La «sécurité nucléaire» englobe, elle, «la prévention et la lutte contre les actes de malveillance» visant les centrales nucléaires. Et relève exclusivement du ministère de la Défense et des services de sécurité.
L’ASN n’a pas son mot à dire sur la manière dont sont protégées les centrales nucléaires face aux différents scénarios d’attaque terroriste. Et inversement, les services de sécurité ne sont pas consultés sur l’architecture et l’épaisseur des murs à protéger. La commission préconise donc de «doter l’ASN de compétences en matière de sécurité passive», comme ses homologues étrangers. Ainsi, le gendarme du nucléaire pourrait contraindre les exploitants à bunkériser leurs installations les plus sensibles, là où l’épaisseur du mur des piscines de combustible d’EDF n’excède pas 30 cm aujourd’hui.

Fermer les réacteurs vieillissants

En matière de sûreté, le plus grand danger c’est le «vieillissement» des installations qui entraîne corrosion, altération et fragilité. Pendant leurs visites sur les sites, les parlementaires ont constaté des signes importants de corrosions sur de nombreuses pièces. Selon eux, cela « interroge sur la pertinence de la prolongation de la durée de vie de certaines centrales ».
La commission demande donc «un calendrier de fermeture des réacteurs en fonction de critères de sûreté et de sécurité» post-Fukushima. Utile contribution au moment où le gouvernement doit dire, à l’issue du débat sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), combien (17 à 20) et quels réacteurs devront fermer d’ici 2035 pour atteindre les 50% de nucléaire dans le mix électrique prévu par la loi de transition énergétique.

Programmer le démantèlement des réacteurs

Il faudra bien démanteler les réacteurs fermés et c’est un défi que seuls les robots peuvent relever. Aussi, la commission a des doutes sur les assurances d’EDF qui assure pouvoir déconstruire sans soucis ses 58 réacteurs à eau pressurisée avec seulement 24 milliards d’euros provisionnés. Elle recommande de «contraindre les exploitants» à provisionner ses charges de démantèlement «par réacteur» et non plus au global. Et veut «un programme prévisionnel» précis des réacteurs à démanteler.

Limiter le recours à la sous-traitance

Le recours massif à la sous-traitance inquiète aussi, cette dernière assurant désormais 80% de la maintenance. Cela entraîne une perte de savoir-faire des exploitants regrette dans le rapport Barbara Pompili. Ainsi, « EDF n’est plus en mesure d’effectuer elle-même certaines interventions délicates sur ses réacteurs ».
D’autre part la pression exercée par EDF sur ses sous-traitants pour que la maintenance coûte le moins cher possible met en jeu cette fois la sûreté intrinsèque des centrales.
D’après certaines des entreprises auditionnées, il pourrait ainsi exister jusqu’à sept niveaux de sous-traitance. Quand la limite est théoriquement fixée à trois.

Renforcer le contrôle démocratique

Barbara Pompili veut plus de contrôle citoyen sur un monde nucléaire qui pour être heureux, aime vivre caché et dans l’entre-soi du puissant Corps des Mines. Si l’indépendance de l’ASN est «incontestable», elle y veut plus «d’experts indépendants», comme à l’IRSN ou à l’Andra (l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs). Elle aimerait aussi voir le gendarme du nucléaire «appliquer avec fermeté» ses pouvoirs de sanction, avec amendes financières. Mais plus de contrôle démocratique passe par plus de contrôle de la part des députés. Or Barbara Pompili dit s’être «heurtée trop souvent au secret-défense». Elle aimerait bien obtenir «une délégation parlementaire au nucléaire civil» dont les membres «auraient accès aux informations classifiées».

Il appartient maintenant au gouvernement de dire si ce rapport fera date ou s’il sera rangé comme beaucoup d’autres sur une étagère par l’Etat nucléaire. C’est le moment de vérité pour EDF.

Photo : autour de la rapporteuse Barbara Pompili, les quatre parlementaires membres de la commission sur la sureté et la sécurité du nucléaire civil

Source : http://www.montelimar-news.fr/detail-news.asp?T=766&nw_id=9586

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