De la sous-traitance a la maltraitance ?

Nucléaire : de la sous-traitance à la maltraitance ?

Gilles Reynaud mis à pied par Orano DS

Voici une fois de plus la preuve qu’il ne fait pas bon être un lanceur d’alerte. Peu après avoir témoigné devant une commission parlementaire, Gilles Reynaud, mis à pied par son employeur, est sur la sellette.

Début juillet dernier, la commission d’enquête sur la sûreté et la sécurité nucléaire conduite par Paul Christophe et rapportée par Barbara Pompili, faisait connaître les conclusions de son travail, mettant particulièrement en relief les dangers d’un recours massif à la sous-traitance, entraînant selon la commission « la perte de compétences des opérateurs, la dilution des responsabilités et les dangers d’une pression excessive exercée sur les prestataires ». Un point qui avait été aussitôt largement diffusé dans les médias.
Or, cette partie du rapport (Première partie, section II) doit beaucoup aux informations de terrain apportées par l’association « Ma zone contrôlée » et son président, Gilles Reynaud, qui s’était spécialement déplacé à Paris en mai pour témoigner devant les membres de la commission. Voir à ce sujet notre interview publiée le 6 juin 2018 :  »Les exploitants nucléaires ont externalisé le risque sanitaire et social ».

Pas de pitié pour les lanceurs d’alerte

Travailleur de l’industrie nucléaire depuis plus de 30 ans, Gilles Reynaud est actuellement salarié d’Orano DS, une filiale d’Orano (ex-Areva) dont les réactions n’ont pas tardé. Peu après la publication du rapport, le président de MZC a été mis à pied pour une semaine et il craint que cela n’évolue vers une procédure de licenciement, comme on le lui a laissé entendre. Joint par téléphone, il nous a rappelé que lorsqu’on est appelé à s’exprimer devant une commission parlementaire, on est tenu de le faire, sous peine de sanction. Ce témoignage est apporté sous serment et toute fausse déclaration est également sévèrement sanctionnable. « Je n’ai donc fait que rapporter l’état de la situation telle que je la connais ».
Mais son employeur lui reproche aussi la mauvaise image d’Areva-Orano qu’il serait censé avoir propagée au cours de 10 ans de militantisme au sein de Ma Zone Contrôlée, association dont il est le créateur.

Frilosité syndicale

Membre de la CGT, Gilles Reynaud a obtenu le soutien de ses collègues du CEA. Le syndicat Sud Energie est également de son côté. Dans sa propre entreprise en revanche, ses collèges de la CGT sont visiblement embarrassés et s’avèrent beaucoup plus frileux. Très pro-nucléaire, la CGT d’Orano n’a jamais vu d’un très bon oeil les positions de Gilles Reynaud, lequel plaide pour que la durée de vie des réacteurs du Tricastin ne soit pas prolongée au delà des 40 ans qui leur avait été initialement alloués. Il a fait sienne le projet de la France insoumise (à laquelle il est aussi lié) d’une sortie progressive du nucléaire, alors qu’en juillet, la CGT diffusait au contraire un tract plaidant pour l’exploitation de deux réacteurs EPR sur le bassin du Tricastin.

Pétition et cagnotte en ligne

Gilles Reynaud ne manque pourtant pas de soutien, à l’intérieur comme à l’extérieur d’Orano. Lancée en plein mois d’août, une pétition en ligne a réuni sans peine près de 3500 signatures. L’association Ma Zone Contrôlée a pour sa part ouvert une cagnotte sur le site « Le Pot Commun », assez bien provisionnée.
La pétition
La cagnotte

Le rapport de la commission ainsi que les transcriptions des auditions sont téléchargeables sur le site de l’Assemblée Nationale à cette adresse.

Source : nucleaire-:-de-la-sous-traitance-a-la-maltraitance-

1 comment for “De la sous-traitance a la maltraitance ?

  1. Girardier Patrice
    31 août 2018 at 6 h 57 min

    Mon cher Gilles REYNAUD,

    Je suis très fier de toi, heureux d’être ton ami. Tu as en effet réussi ce que d’aucuns auraient pu accomplir, mais il leur aurait manqué le courage, et donc la persévérance dans l’effort. Crois-moi, réussir ce que tu as entrepris n’est pas donné à tout le monde.
    « La difficulté attire l’homme de caractère, car c’est en l’étreignant qu’il se révèle à lui-même. » Tu as appliqué cette formule du général de Gaulle, qui savait de quoi il parlait.
    Cette difficulté a aussi un effet rassurant, car on sait que la non-facilité crée une sélection, et que donc la vaincre nous rapproche de l’excellence et élimine les autres concurrents, dans le cas d’une compétition. La tienne étant surtout par rapport à toi-même, d’où certainement la profonde joie et le bien-être ressenti lors de la difficulté dépassée. Te voilà devenu quelqu’un de différent et paradoxalement égal à lui-même.
    Je crois que tu as réussi parce que ton envie de dépasser l’obstacle, était supérieure à ton appréhension de ne pas le surmonter. En ce sens, tu t’es réalisé et reconnu toi-même à tes propres yeux, mettant en pratique le sens de la formule, déjà évoquée précédemment, du premier président de la cinquième République.
    Il me vient d’ailleurs à l’esprit une autre citation adaptée à ta situation. « Ce n’est pas parce les choses sont difficiles que nous n’osons pas ; c’est parce que nous n’osons pas que les choses sont difficiles. » Cette phrase appartient au célèbre philosophe espagnol Sénèque.
    Pour apprendre à surmonter une difficulté, il faut d’abord se persuader que c’est possible, car l’imagination l’emporte toujours sur la volonté. Notre inconscient est là pour nous le rappeler.
    Je vais parler autour de moi, en citant ton exemple, sur la manière de dépasser, en la dominant, une épreuve.
    Tiens bon et bats-toi. Garde espoir, le soleil brille au bout du tunnel

    A très bientôt et encore mes plus vives félicitations.

    Patrice GIRARDIER

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